lundi 9 janvier 2017

Les nuits de l'évangile

L’évangile de la nuit

Les nuits des commencements
Dans l’histoire du salut, que de personnes surgissent, que d’évènements surviennent…dans la nuit ! Rien qu’à ausculter les évangiles, la moisson est abondante. Comme au premier commencement (Il y eut un soir avant le matin. Cf. Gn 1,5), les commencements du Sauveur Jésus sont marqués par l’expérience de la nuit. Joseph accueille sa bonne nouvelle « en songe ». La famille migrante de Nazareth cherche un logement pour la nuit de la naissance, et finalement c’est la soupente d’une étable obscure qui sert de berceau pour l’enfant. Dans cette même nuit, des bergers gardant leurs troupeaux découvrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire, pour leur plus grande joie. Quand viendra le tour des mages, c’est encore une étoile dans la nuit qui leur indiquera l’endroit où était l’enfant. Mais celui-ci n’était pas au bout de ses peines. Le sauveur est sauvé par son père Joseph qui prit avec lui l’enfant et sa mère « de nuit » pour se retirer en Egypte. Plus tard, ses parents l’ont cherché tout inquiets durant trois jours et trois nuits avant de le retrouver au temple de Jérusalem.
Ainsi donc, la nuit est la compagne fidèle de ces commencements christiques. Dieu vient au jour dans la nuit, Dieu nous met au jour dans nos nuits, en les rendant lumineuses par sa présence, humble et pauvre, comme un enfant qui vient de naître pour le salut de tout le peuple.

Les nuits de Jésus
Les nuits n’ont pas manqué dans la vie de Jésus, l’envoyé du Père. Pour inaugurer sa mission, il passe quarante  jours et quarante nuits à jeûner dans le désert. Au terme desquels, c’est la parole de Dieu - « lumière dans la nuit » - qui lui permettra de triompher des tentations. Et l’aventure messianique peut commencer, encore par une nuit. Avant de prendre des décisions importantes, Jésus s’en va dans la montagne pour prier, et « il passe toute la nuit à prier Dieu. » (Lc 6,12). Les fruits de cette communion nocturne avec son Père sont aussitôt servis et goûtés : il appelle les douze apôtres, il les emmène dans la plaine pour les associer à son ministère au milieu d’une foule immense. Et là, il guérit les malades et proclame la bonne nouvelle : « Heureux… heureux… ». Comme chrétiens appelés par le Christ, comme baptisés envoyés pour annoncer l’évangile à toute la création, nous sommes tous les enfants de cette nuit de prière, là-haut sur la montagne. Dans cette prière, Jésus nous a engendrés à notre mission pastorale.
La nuit, ce peut être aussi la peur, le danger, le découragement, y compris dans les expériences apostoliques. Tandis que Jésus passe la nuit à prier Dieu à l’écart, ses disciples affrontent une tempête dans une barque battue par les vagues. Vers la fin de la nuit, Jésus les rejoint en marchant sur la mer. On comprend qu’ils l’aient pris pour un fantôme. Quelques brèves paroles suffisent à tout calmer: « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ». Et Jésus, comme à Pierre, continue de nous dire : « Viens ». Dans nos nuits noires, la parole de Jésus nous rejoint encore pour susciter notre confiance. C’est aussi le temps de la prière pour exprimer notre foi. « Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba ».
Encore une autre nuit. Même scenario, ou presque. Cette fois-ci, Jésus est dans la barque avec ses amis. En traversant le lac de nuit, une bourrasque menace de submerger le frêle esquif. Jésus dort sur un coussin. On le réveille. C’est peut-être aussi cela, la prière dans la nuit de nos peurs. Jésus ramène le calme, mais sa question demeure pour nous : « Pourquoi avez-vous si peur ? Vous n’avez pas encore de foi ? »
On aurait tort d’associer à Jésus les seules nuits tumultueuses. Certaines étaient même agréables. A Béthanie, Jésus passait souvent la nuit auprès de ses amis. On sait qu’il y appréciait les repas, qu’il s’y reposa après avoir chassé les vendeurs du temple (Cf. Lc 21,17), qu’il goûtait là le partage et l’amitié. Quant au Mont des Oliviers, après avoir consacré toute une journée à enseigner dans le temple, il y passa la nuit « en plein air », disent certaines traductions. (Cf. Lc 21,37).

Les hommes et les femmes de la nuit
Il n’est pas indifférent que les évangiles aient noté la circonstance de la nuit dans la vie de certaines personnes proches de Jésus.
La prophétesse Anne – qui parla de l’enfant Jésus à tous ceux qui attendaient la libération de Jérusalem – participait « nuit et jour » au culte dans le temple. Nicodème vint trouver Jésus « de nuit » pour mener avec lui un dialogue lumineux sur la re-naissance d’eau et d’Esprit afin d’entrer dans le Royaume de Dieu. (Cf. Jn 3). On retrouvera Nicodème au bord de la nuit du vendredi saint quand il participera à l’ensevelissement de Jésus (Cf. Jn 19,34).
La foi des apôtres a grandi au terme de longues nuits où, comme pêcheurs, ils ont peiné sans rien prendre. Alors, au petit jour, Jésus les invite à repartir en eau profonde et, sur sa parole, à jeter les filets. Une expérience qui les conduisit à ramener les barques à terre, à tout laisser pour le suivre. (Cf. Lc 5,1-11). Il y a des nuits d’échec qui peuvent être le temps propice pour une vocation.
Deux apôtres se sont signalés spécialement par des actions « de nuit », vraiment fort nocturnes. Jésus avait dit à Pierre : « Cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » (Mc 14,30). C’est bien ce qu’il fit cette nuit-là. Dans la nuit de l’agonie à Gethsémani, les apôtres dorment. Pire encore, l’un d’eux trahit Jésus, contribue à son arrestation et le livre à ses ennemis. Quand Judas sortit pour faire cela, « il faisait nuit », note l’évangéliste Jean (13,30).

Les nuits du mystère pascal
L’heure de Jésus commence par un certain repas d‘adieu. L’apôtre Paul nous rappelle qu’il a inventé l’eucharistie « la nuit qu’il fut livré ». (I Co 11,23). Après l’agonie dans le jardin de Gethsémani et toute cette nuit de va-et-vient entre les autorités de Rome et celles d’Israël, l’heure du Messie est venue sur la croix. Alors, note l’évangéliste Matthieu, « il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu’à trois heures. » (27,45).
Nuit de la mort. Nuit du tombeau. Et bientôt nuit de Pâques.
Le troisième jour, les femmes durent traverser leur nuit pour oser venir au tombeau « alors qu’il fait encore sombre » (Jn 20,1). C’est ce même soir que les disciples rassemblés par la peur éprouvent enfin la joie de retrouver Jésus vivant qui leur donne sa paix et le souffle de l’Esprit pour remettre les péchés.
La résurrection est une victoire sur la nuit, toutes les nuits, y compris les nôtres. C’est aussi au terme d’une nuit d’échec professionnel que le ressuscité retrouve les apôtres-pêcheurs sur le rivage, pour la joyeuse reconnaissance et pour le repas au goût d’eucharistie. (Cf. Jn 21,1-14).
Quant aux disciples d’Emmaüs, ils reconnaissent le Seigneur à la fraction du pain après l’avoir invité incognito dans leur chez eux « au soir tombant, quand le jour touchait à son terme ». C’est dans cette même nuit qu’ils ont retrouvé la communauté de Jérusalem pour partager avec elle la bonne nouvelle de Pâque : « C’est bien vrai. Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon. » (Lc 24,29 et 34).

Le mystère de la nuit
On ne comprendrait rien à toutes ces nuits s’il n’y avait pas en leur cœur une mystérieuse « lumière qui luit dans les ténèbres » (Jn 1,5.) Dans toutes ces expériences nocturnes, quelqu’un trace discrètement un chemin de plus en plus lumineux. « Je suis la lumière du monde », dit Jésus après avoir exercé sa miséricorde à l’égard de la femme adultère. Et il ajouta à l’intention de ses juges impitoyables : « Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres; il aura la lumière qui conduit à la vie ». (Jn 8,12). Il répétera cette affirmation et cette promesse après avoir guéri l’aveugle-né. (Cf. Jn 9,4-5). Il avait même dit auparavant en regardant ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde. » (Mt 5,14).
Jésus nous a vraiment accouchés à la lumière en nous arrachant au pouvoir des ténèbres, en nous plaçant dans le Royaume de son Fils bien-aimé. (Cf. Col 1,13) Oui, il nous a libérés de toutes nos nuits, et surtout de celles de la mort et du péché. Sa parole est lumière sur nos routes mal éclairées. Les sacrements allument des présences divines dans le dédale de nos nuits humaines, à commencer par le baptême qui fait de nous « des fils de la lumière, des fils du jour, car nous n’appartenons plus à la nuit et aux ténèbres. » (I Th 5,5). En nous appelant des ténèbres à son admirable lumière, il a fait de nous un peuple saint (Cf. I P. 2,9-10). Dès lors, il nous faut « rejeter les œuvres des ténèbres et revêtir les armes de la lumière pour nous conduire honnêtement, comme on le fait en plein jour ». (Rm 13,12-13.). Mesurons-nous le bonheur de cette grâce ? « Dieu a dit : « Que la lumière brille au milieu des ténèbres ». C’est lui-même qui a brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ. » (II Co 4,6.)
En attendant le jour béni où, dans la Jérusalem nouvelle, il n’y aura plus de nuit parce que le seul luminaire sera l’Agneau qui nous illuminera tous de sa gloire. (Cf. Ap 21,23-26).

Claude Ducarroz


A paru sur le site de la revue CHOISIR le 9 janvier 2017




samedi 7 janvier 2017

Epiphanie 2017

Epiphanie
2017

Avouons-le franchement : ces mages nous dérangent, car ils ont de quoi nous incommoder. D’abord qui sont-ils ? Spontanément, on n’aime pas l’inconnu et encore moins les inconnus. Il est écrit qu’ils viennent d’Orient, autrement dit d’on ne sait où. Il est certain qu’ils n’étaient pas juifs. Même pas de la bonne religion ! Ils sont présentés comme des mages, ce qui n’est pas fait pour nous rassurer, surtout de nos jours. On fait tant de choses bizarres au nom de la magie. Il n’est pas écrit non plus qu’ils fussent des rois, mais c’est tout comme, puisqu’ils cherchent le roi des juifs et s’adressent au roi Hérode quand ils ont besoin de renseignements. Leurs cadeaux de luxe indiquent bien qu’ils sont d’opulents personnages, ce qui fait quand même un peu tache dans la misérable étable de Bethléem. Ce style « grands bourgeois » n’a dû plaire qu’à moitié à la pauvre famille de réfugiés de Nazareth. Mais heureusement,  ils furent généreux ! De bons riches en somme.

Voilà pour l’écorce des personnes et l’écume de l’évènement. Et si on cherchait un peu plus loin ou plutôt un peu plus profond ?
Que l’évangéliste Matthieu – et lui seul - ait raconté cette visite aux premières communautés chrétiennes, ça signifie quelque chose. Peut-être même pour nous aujourd’hui.

D’abord Jésus est bel et bien présenté comme le sauveur de tous par un salut universel. En accueillant les bergers de Bethléem, Jésus est d’abord montré comme le Messie d’Israël, à commencer par les pauvres et les petits de son peuple. Si les anges leur ont annoncé « une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple », ils ont aussi ajouté : « Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime ». Donc tout le monde, comme nous l’a rappelé aussi l’apôtre Paul.

Et par l’arrivée des ces mages, on est servi.
Symboliquement, ils représentent toute l’humanité. Ils viennent d’Orient, autrement dit d’ailleurs, des autres civilisations et religions, de partout. Ils sont ces lointains, très différents de nous, les habitants des périphéries, comme aime à le dire le pape François.
Au départ, ils ne sont ni juifs ni chrétiens. Ils sont ce qu’on peut appeler des « chercheurs de Dieu ». Et ils se sont donné beaucoup de peine. Des signes reconnus dans le ciel les ont mis en route. La magie, qu’on pourrait comprendre comme leur religion primitive, les a guidés sur ces chemins incertains. Du moins, ils se sont mis ensemble, car on trouve mieux quand on cherche avec d’autres. Ils sont des philosophes curieux, des sages persévérants, des religieux sincères.
C’est pourquoi, au terme de bien des péripéties, ils ont fini par trouver le sauveur du monde, et sûrement pas là où ils pensaient le rencontrer au départ de leur quête spirituelle. Ils cherchaient le roi des juifs, sans doute dans un palais. Ils ont trouvé un petit enfant avec Marie sa mère dans une étable ou plus probablement dans une modeste maison de Bethléem.

Et ces cadeaux ? Parlons-en. Ils sont symboliques de l’hommage des nations au Messie d’Israël, tels que décrits déjà par le prophète Isaïe et dans certains psaumes. Ils se sont prosternés devant lui en lui offrant leurs présents, signe de leur don d’eux-mêmes. Ils sont repartis différents, en empruntant un autre chemin. Ils ont regagné leur pays, donc retrouvé leur vie ordinaire, améliorés sans doute, mais sans être devenus des chrétiens au sens de piliers d’Eglise. Et tout le reste appartient au secret de Dieu.

Nous sommes dans un monde - et nous le serons toujours davantage – qui voit les hommes se mélanger de plus en plus. La circulation des connaissances, la facilité des transports et parfois hélas ! la violence et la misère provoquent des brassages inédits. Des gens venus de loin arrivent aussi chez nous. Les armées, les barrières et les frontières peuvent provisoirement entraver ces migrations humaines. Elles ne parviendront pas à les réprimer au point de les supprimer, du moins dans nos pays  démocratiques et plus riches que beaucoup d’autres. Il nous faut donc trouver une manière humaine, et j’ajoute ici une façon chrétienne, de réagir à ces situations qui deviendront de plus en plus ordinaires.

* Pour l’accueil politique, c’est à l’Etat d’en fixer les règles et conditions, sans déroger aux valeurs qui sont à la base de notre vivre ensemble démocratique, dans la variété des origines et des cultures.
* Pour l’accueil humain, c’est notre responsabilité à tous, précisément celle de manifester de l’humanité à l’égard de celles et ceux qui nous apparaissent d’abord comme très différents de nous, mais qui sont fondamentalement nos semblables, des frères et sœurs dans notre commune humanité. Comment allons-nous le leur montrer, en citoyens civilisés et en personnes fraternelles ? A chacun de répondre en faisant ce qu’il peut, mais tout ce qu’il peut.
* Et nous, les chrétiens, dans cette conjoncture d’épiphanie ? Il nous faut rester ce que nous sommes, donc des hommes et des femmes qui croient au Christ et à son évangile, sans honte, sans remiser nos convictions.
Nous croyons que Dieu aime tous les hommes, nous croyons aussi que le Christ est le sauveur de tous. Pourquoi le nier ? nous souhaitons le leur faire connaître pour offrir cette bonne nouvelle à leur liberté de conscience. Nous respectons les religions des autres, avec leurs valeurs, comme nous avons le droit d’exiger qu’ils respectent la nôtre.

Dans le dialogue interreligieux, loyal et pacifique, nous avons tous à grandir en humanité, sous la guidée - connue ou encore inconnue - de l’Esprit de Dieu qui remplit tout l’univers. Il peut même y avoir entre nous des échanges de cadeaux spirituels, qui valent bien l’or, l’encens et la myrrhe des mages venus d’Orient.

Nous serons d’autant plus de vrais témoins de notre foi que nous saurons en donner une image humaine, accueillante et fraternelle. En un mot : un reflet du visage du Christ.

C’est ainsi que, dans les circonstances où nous sommes - sans les avoir nécessairement choisies -, nous avons toujours la possibilité de prolonger cette fête dans l’esprit qu’elle contient et diffuse : « Tandis que les ténèbres couvrent la terre, voici que les nations marchent vers la lumière du Seigneur. » Et nous avec !

                                                                                                          Claude Ducarroz



mercredi 4 janvier 2017

Jour du Nouvel An

1er janvier 2017
Homélie

2017. Déjà ! Comme le temps passe vite. Toujours plus vite, disent les gens de mon âge, avec un brin d’inquiétude.
En ce premier jour de l’an nouveau, la liturgie de l’Eglise nous rassemble à nouveau devant la crèche.
En Jésus, le Verbe éternel a planté sa tente au milieu de nous. Le maître de l’Histoire habite notre temps. Le Fils de Dieu est devenu le fils de Marie, la petite servante de Nazareth. Il a passé son temps humain à faire le bien, jusqu’à sa mort par amour sur la croix. En entrant dans la gloire du ressuscité, il a ouvert nos vies mortelles sur l’espérance du Royaume de Dieu. Nous sommes des promis au bonheur éternel dans la maison du Père.

Mais en attendant, me direz-vous ? Après tout, nous ne sommes pas pressés ! Entre une survenue imposée et un départ à date inconnue, il y a en effet ces années variables, suivant les personnes et les destins. Et les années passent. Une de plus. Une de moins ? C’est selon.
Au calendrier de l’existence, les calculs se brouillent. Il nous faut vivre, et si possible bien vivre pour ne pas perdre notre temps, surtout celui qui nous reste, dans la troublante incertitude de sa durée.
Et là peut-être, toujours à la crèche et à l’école de Marie, nous avons à recueillir quelques bonnes recettes pour gagner du temps, le temps. Comme Jésus et surtout avec lui :
habiter notre temps,
remplir notre temps,
ouvrir notre temps.

* D’abord habiter résolument notre temps, l’aujourd’hui de Dieu en nous et autour de nous.
Oui aux souvenirs, mais non à la nostalgie qui nous projette – jusqu’à nous y enfermer - dans des passés largement surfaits. Ah ! ce sacré et faux « bon vieux temps » !
Oui à l’espérance qui ouvre à nos désirs un espace d’avenir, mais non aux délires utopiques qui nous dispensent d’agir, en attendant des jours meilleurs, des lendemains qui chantent… et qui ne chantent jamais.
Avec l’Esprit du Seigneur qui nous a mis au monde – en ce monde, ici et maintenant -, portons vaillamment nos solidarités humaines, les heurs, bonheurs et malheurs de notre temps. Voilà qui est digne de l’homme, voilà qui épouse la cause de Dieu en l’humanité, celle de l’après Noël, sans perdre notre temps.

* Et puis remplir notre temps. Au fond du panier de cette belle ménagère qu’est notre vie, il y a sans doute quelques restes des courses passées au marché de nos besoins, pas toujours très constructifs. Des restes pour la miséricorde. Mais il y a encore beaucoup de place pour de meilleures dépenses, à commencer par celles qui nous invitent à nous donner - à nous dépenser nous-mêmes -  avant d’aller grignoter les autres ou chez les autres.
Remplir notre temps par de l’amour - sincère, généreux, désintéressé -, ne serait-ce pas la meilleure façon de ne pas perdre son temps, si l’on a un peu compris la recommandation de Jésus : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » ? Et cette remarque de l’apôtre Paul : « L’amour ne passera jamais ».
Aimer. Nous aimer les uns les autres : que voilà une excellente recette pour remplir l’espace et le temps qui nous restent avec rien moins que de l’éternel.

* Enfin, ouvrir le temps. Ou plutôt le laisser ouvrir par Dieu, l’éternel fraternel en Jésus-Christ. Ouvrir sur l’au-delà du temps, de notre temps. Car depuis Noël et surtout depuis Pâques, notre vie n’est pas une trappe dans laquelle nous aurions l’illusion d’exister, pour se refermer à notre mort sur un immortel néant. Si nous savons bien que nos plus chers désirs ne suffisent pas à ouvrir un ciel de bonheur parfait, nous pouvons accueillir avec reconnaissance les divines  promesses jaillies au matin de Pâques : être toujours avec le ressuscité, là où il est, comme il est, en pleine gloire. Et prendre du temps pour cela. Notre vie dite « religieuse »  - avec ses paroles de lumière, ses sacrements, ses prières, ses silences - n’est pas une perte de temps, comme disent certains, mais une belle manière de gagner du temps dès ici-bas, du temps déjà pris sur l’éternité qui nous attend.

Pour marcher avec confiance sur l’arc-en-ciel multicolore de 2017, que Dieu nous aide à habiter notre temps, à remplir d’amour tout ce temps offert et à ouvrir le temps.
Sous sa sainte bénédiction et avec le sourire de Marie.


                                               Claude Ducarroz

Saut dans l'an neuf

Cath.ch
Allons-y, nous aussi.
Luc 2,16-21

Du côté du ciel, tout a été dit. Les anges ont délivré leur message. Ils sont repartis vers le ciel. (Cf. Luc 2,8-14). Que va-t-il se passer sur la terre ? Un vrai remue-ménage. Réveillés en pleine nuit, les bergers se mettent en route, en toute hâte. Surprise ! On leur avait annoncé la naissance d’un Sauveur et Seigneur dans la ville du roi David. Et voilà qu’ils découvrent un couple de pauvres migrants réduits à placer leur bébé nouveau-né dans une mangeoire pour animaux. C’est peu dire que ça bouscule. Du coup, le déplacement le plus déconcertant se produit dans leur foi. Ces juifs reconnaissent le Messie promis dans cet enfant de la misère, eux qui l’avaient sans doute imaginé dans le palais d’un roi. Et leur étonnement devient contagieux. En retournant à leurs pâturages, ils n’en finissent pas de chanter les louanges de Dieu. On a dû les entendre jusque dans la ville de Bethléem !

Nous sommes tous invités à passer par un ou plusieurs Noël dans nos vies.

Des signes, il y en a qui sont donnés en chacun de nos destins, tantôt dans la clarté du bonheur, tantôt dans la pénombre des épreuves. Des anges imprévus– plus probablement des compagnons d’humanité – nous révèlent sûrement quelque chose de la part de Dieu, au firmament des évènements. Il s’agit alors de nous mettre ou remettre en route, de bouger dans nos habitudes et de chambouler notre confort plus ou moins douillet.

 Au rendez-vous de l’étape, il y a toujours la même découverte, en forme de rencontre. Il y a Marie et Joseph avec le nouveau-né couché dans une mangeoire. En direct dans l’expérience religieuse, que ce soit la prière ou l’eucharistie. Ou indirectement – mais c’est la même humaine et divine compagnie - quand Jésus nous attend dans les pauvres de notre monde, qu’ils soient tout proches ou venus de loin. On est toujours convoqué à la crèche. Pas dans les palaces des grands de ce monde, mais dans les soupentes des pauvres de notre société.

Là plus qu’ailleurs, il y a à entendre et à voir. A entendre le chant de l’évangile du salut pour tous. A voir la gloire de Dieu sur le visage des petits de la terre, à commencer par les enfants.

Et l’on peut toujours, comme Marie et avec Marie, retenir tous ces évènements et les méditer dans notre cœur. Autrement dit prier avec la vie, louer avec nos rencontres, réfléchir avec les surprises, présenter toute l’humanité fraternelle à la bénédiction de Dieu.

Dans cet esprit, qui sait ?, 2017 peut devenir un peu meilleur que 2016. Chacun de nous, avec la grâce de Dieu, peut contribuer à exaucer les vœux des anges : « Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime. »


A paru sur le site   cath.ch                                       Claude Ducarroz

samedi 17 décembre 2016

En marche vers l'incarnation

La marche vers l’incarnation
He 1,1-3.

L’incarnation, c’est la rencontre de communion parfaite entre Dieu et la « chair » (humaine), Dieu demeurant un mystère « incompréhensible » (Cf. Jn 1,18) et l’humanité étant assumée dans le réalisme de sa faiblesse, de son imperfection et de sa caducité.

Une marche, c’est une dynamique progressive, avec des étapes qui peuvent se superposer, selon des intensités variables.

On peut discerner six étapes :
-          la communion par l’existence dans le rapport de création
-          les diverses quêtes religieuses
-          l’alliance avec Israël
-          le Verbe incarné
-          le temps de l’Eglise
-          la récapitulation eschatologique

1. L’Existant fait exister par un contact et une rencontre entre le divin Donateur et l’humain receveur. (Cf. Ps 139,13-15). Cette dépendance crée une certaine solidarité essentielle. La liberté de Dieu s’engage dans le don de l’être, surtout quand il s’agit de créer un être « à l’image et ressemblance » de Dieu. (Gn 1,27).

2. Toutes les religions manifestent et mettent en « culture » cette  mystérieuse liaison entre Dieu et l’humanité, dans l’interaction avec le vaste univers, écrin de cette Histoire dans la variété des civilisations.

3. Israël est un témoin privilégié de cette « incarnation » par création à travers le livre de la Genèse qui présente un Dieu unique (Cf. Dt 32,39), maître de tout, qui cependant ne craint pas de se révéler comme un artisan créateur. (Cf. Gn 2). Plus encore, Dieu déroule un plan secret à travers l’alliance avec le peuple, dans tous les aléas de cette fréquentation. Dans cette histoire sainte, il montre proximité et accompagnement, avec un dévoilement progressif de son mystère jusqu’à l’expression de son nom. (Cf. Ex 3,13-16).
 Si les vocables Parole, Sagesse, Esprit, Seigneur, Eternel, Très-Haut, etc.. maintiennent l’idée de transcendance, d’autres expressions utilisent des images et des comparaisons très humaines (Cf. père, pasteur, mère, roi, époux etc..) et même matérielles (Cf. rocher, bouclier, forteresse, lumière, etc..), tout en mettant en garde contre une divinité qui serait simplement à la ressemblance de l’homme.
Les prophètes, plus encore que le culte, veillent sur la pureté et l’originalité de la foi juive, tout en continuant d’orienter les croyants vers une relation faite d’adoration, mais aussi d’amour, face à un Dieu de tendresse et de miséricorde. (Cf. les psaumes).

4. Et puis vint Jésus de Nazareth, le « Verbe fait chair » (Jn 1,14), assumant en lui la parfaite rencontre entre le Fils éternel de Dieu et la pleine humanité du fils de Marie. La découverte de cette mystérieuse communion s’est faite progressivement. Les témoins ont d’abord rencontré un homme, dans la pauvreté de sa naissance et l’humilité de sa condition historique. Ils ont été impressionnés par l’homme de Dieu (Cf. Jn,1,35-51) dont les paroles et les actions conduisaient à son mystère.
Le mystère pascal leur a ouvert les yeux de la foi. (Cf. Lc 24,13-35). Une relecture de sa vie devenait possible, qui changea la vie de ses disciples et fonda la communauté Eglise.
Du compagnonnage avec Jésus durant son existence terrestre, les apôtres ont pu remonter à la préexistence du Christ dans sa relation éternelle avec le Père qui l’a envoyé. (Cf. Jn 17).
L’Esprit Saint a permis que les chrétiens  tiennent bon dans la confession du mystère du Verbe incarné, en affirmant la divinité du Christ sans jamais occulter son humanité. (Cf. les épîtres de Paul).
Cette humanité du Sauveur a été amplement recueillie et racontée dans les Evangiles. On y voit Jésus partager entièrement la condition humaine (joies et peines, succès et échecs), dans les manifestations de la vie courante, dans la culture de son milieu et surtout dans l’affrontement avec la mort, prélude à la résurrection.
Toutes les rencontres de Jésus, avant ou après la Pâque, sont là pour témoigner à la fois de la pleine humanité du Sauveur et de sa parfaite divinité, en communion trinitaire assumée en ce monde.

5. D’une certaine façon, l’Eglise prolonge le mystère de l’incarnation en témoignant pour le Christ mort et ressuscité et en diffusant dans le monde les énergies humanisantes de l’Esprit.

6. Mais nous attendons encore la parfaite révélation de toutes les dimensions du mystère de l’incarnation (Cf. Ep 3) quand, à la fin de l’histoire terrestre, le Christ récapitulera toutes choses en lui pour que, enfin, « Dieu soit tout en tous. » (ICo 15,28).

                                                           Claude Ducarroz


jeudi 15 décembre 2016

Pour nos autorités cantonales

Reconstitution des autorités cantonales
16 décembre 2016     HOMELIE              Jn 13, 3-5 et 12-17

Rassurez-vous ! Après cette page de l’évangile de Jean, il me semble que je n’ai plus rien à dire. Tout a été démontré concrètement par le Christ Jésus lui-même dans l’émouvant récit du lavement des pieds.
Personnellement, j’aurais plutôt envie de vous montrer quelque chose. Et c’est le portail sud de notre cathédrale, celui qui est maintenant offert à la contemplation de tous, notamment grâce à la générosité et à l’activité de nos autorités cantonales. Il peut constituer en effet comme un autre commentaire de la juste attitude prônée par Jésus dans l’évangile, en particulier pour les autorités de ce monde. Si vous n’avez pas encore apprécié ce chef d’œuvre, je vous conseille vivement de ne pas tarder à venir méditer devant sa beauté.

Le Christ est au sommet de l’ogive supérieure. Il domine certes, mais il ne menace pas. Il parle pour dire une parole de lumière. Il bénit pour accorder un esprit de vie. On le retrouve au centre du portail, là encore, non pas dans l’arrogance d’un pouvoir, mais dans la douce proximité d’un enfant sur les genoux de sa mère. Certes, il n’est plus un bébé puisqu’il est debout et fait un premier pas vers l’avenir, vers sa liberté, vers sa mission.

Et vous –si vous me pardonnez cette audace-, je vous vois dans la figure des trois mages/rois qui s’approchent de ce trône un peu solennel, mais très avenant. Tous les trois obéissent à la même attraction intérieure, celle qui les conduit tous, à la lumière d’une étoile mystérieuse, vers le petit roi qui les regarde en étendant ses bras.
Ils sont très différents –peut-être même par les orientations politiques-, certainement par l’âge. * Le premier est dans la soixantaine, bien velu et barbu, déjà comblé par une longue expérience.
* Le deuxième, qui désigne l’enfant, est dans la quarantaine, avec une barbe bien taillée et sans doute un programme ripoliné.
* Quant au troisième, c’est un jeune homme imberbe, mais certainement plein d’ambition.
En résumé : tout ce qu’il faut pour constituer un bon Grand Conseil et un Conseil d’Etat équilibré. A condition d’y ajouter des femmes évidemment !
Tous les trois apportent au Seigneur le cadeau de ce qu’ils ont, mais surtout l’offrande de ce qu’ils sont. Et ce n’est pas rien puisqu’ils portent tous une couronne, signe ostentatoire de leur autorité reconnue et respectée. Sauf le premier. Non pas qu’il ait renoncé à son pouvoir puisqu’il a placé sa couronne au coin de son genou gauche, en pleine génuflexion.
Il a conscience de se trouver, lui un roi, devant plus roi que lui, même s’il s’agit encore d’un enfant. Il le manifeste clairement: son autorité vient d’ailleurs. Il s’incline pour être à sa juste grandeur. Il est premier serviteur pour exprimer sa vraie valeur. A fortiori, dans un système démocratique, la force du pouvoir jaillit de l’humilité de celui ou celle qui l’exerce, et l’on sait que l’attention aux plus petits et aux plus faibles est la marque des grands magistrats.

C’est la leçon du premier roi du portail sud. Il rejoint à l’avance l’esprit de l’évangile de tout à l’heure. Servir les autres, voilà la vérité de tout pouvoir qui veut s’exercer à l’imitation de celui qui a lavé les pieds de ses amis avant de donner sa vie pour eux : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Mais surtout, pour terminer, je ne voudrais pas que vous oubliiez la phrase suivante, car c’est une si belle promesse, et c’est bien ce que nous vous souhaitons du fond de notre prière, pour vous, nos autorités, hommes et femmes élus ou réélus : la joie de servir ainsi.
« Sachant cela, dit Jésus, heureux serez-vous si vous le faites ». Bien du bonheur !
                                                                                                          Claude Ducarroz, prévôt



jeudi 8 décembre 2016

Pour l'Immaculée Conception

Immaculée Conception

Faut-il le redire en préambule ? Je le crois, tant ce mystère reste sans doute fort « mystérieux » pour certains chrétiens, même parmi ceux qu’on appelle les « pratiquants réguliers ». Que dire alors des autres, de loin les plus nombreux ?

Comment comprendre l’immaculée conception de Marie ?

D’abord ce n’est pas à confondre avec la conception virginale de Jésus, à savoir le fait que le Seigneur-Messie ait été engendré en Marie sans l’intervention biologique d’un homme. Et cela, non pas par méfiance ou mépris à l’égard de la sexualité, l’une des plus belles inventions de Dieu selon le livre de la Genèse puisque, après la création « de l’homme et de la femme à son image et ressemblance …, Dieu vit et dit que tout cela était très bon ».
Le mode de conception « extraordinaire » de Jésus signifie seulement que le cadeau du Sauveur est 100% le fruit d’une miséricorde totalement gratuite de Dieu, et non pas le résultat d’une initiative humaine, si belle et pure soit-elle. On ne produit pas le Sauveur, on le reçoit.

L’Eglise, peu à peu, a pris conscience que le premier instrument de l’incarnation du Fils de Dieu en notre chair, Marie de Nazareth, était et fut entièrement dévouée à sa mission exceptionnelle, autrement dit « toute sainte » comme on dit en Orient, « immaculée », comme on dit en Occident, donc « sans péché ». Finalement, l’immaculée conception de Marie, c’est le commentaire théologique de l’Eglise au sujet de la célèbre phrase de l’ange Gabriel lors de l’annonciation : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. »
Dans l’Eglise catholique, on a perçu une certaine confirmation de cette vérité dans le fait que Marie se soit présentée elle-même ainsi lors des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous à Lourdes en 1858.

Mais revenons plutôt à l’évangile, celui de cette fête. Que de belles leçons à contempler et à retenir, y compris par l’Eglise d’aujourd’hui, et donc par nous qui sommes cette Eglise !

* D’abord Dieu commence l’œuvre de la rédemption, à savoir la nouvelle création, en recourant à une femme, celle qu’on peut appeler la nouvelle Eve. Alors que si souvent encore dans certaines sociétés, les femmes sont considérées comme des humains secondaires, voire inférieurs, Dieu vient à nous dans le Christ en appelant une femme comme première et principale collaboratrice de ses desseins de salut universel. Il faut aussi l’avouer : alors que dans notre Eglise les femmes ne sont pas toujours appréciées à leur vraie valeur ni accueillies à leur juste place, l’attitude libre de Jésus à l’égard des femmes de l’Evangile nous interroge encore sur l’avenir de leurs précieux services dans nos communautés.

* Mais il ne faut pas non plus oublier Joseph, l’époux inséparable de Marie. Pour habiter au milieu de nous, le Messie n’a pas seulement choisi une mère immaculée, mais aussi une famille, la vie de famille, puisque le texte de l’annonciation signale aussitôt que « Marie était accordée en mariage à Joseph » avant qu’ils aient habité ensemble. Jésus, toujours selon les évangiles, était couramment appelé tantôt « le fils de Joseph », tantôt « le fils de Marie ». A la crèche –on nous le rappellera la nuit de Noël-, les bergers trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né. On comprend mieux dès lors pourquoi l’Eglise, à partir du mystère de Nazareth, doit promouvoir les valeurs, les beautés et les exigences du couple et de la famille, sans se laisser détourner par certaines dérives sociétales, tout en pratiquant la miséricorde à l’égard de celles et ceux qui peinent ou échouent sur cette route faîtière de l’amour humain.

* Enfin retenons de l’évangile de cette fête combien Dieu est respectueux de l’humain en proposant du divin à la petite servante Marie de Nazareth. Le messager entame un dialogue adulte qui autorise et même suscite des questions bien naturelles : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » La femme Marie ne devient pas une chose manipulable devant un tout-puissant Seigneur. Il est fait appel à son intelligence, à sa sensibilité, en même temps qu’à sa foi. D’ailleurs celle-ci ne peut fleurir en oui que dans le jardin de sa liberté entièrement honorée.

L’abandon à la parole de Dieu pour acquiescer au mystère n’est pas une capitulation devant la majesté de Dieu, mais l’entrée tout en douceur dans une alliance d’amour et de confiance avec lui.
« Marie dit alors : Je suis la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole. »

Ce réflexe de dialogue intelligent et respectueux, à l’image du comportement de Dieu avec Marie et Joseph, ne doit-il pas marquer la vie de l’Eglise pour qu’elle imite son Seigneur, pour qu’elle devienne à la fois plus christique et plus mariale, au service du salut du monde ?
« Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. »

                                               Claude Ducarroz