samedi 9 décembre 2017

2ème dim. Avent 2017

Fête de Saint Nicolas
2017

Qu’est-ce qu’il faut pour faire un beau St Nicolas à Fribourg ? Vous l’avez vu une fois de plus samedi soir dernier. Il  faut d’abord un faux évêque avec une crosse et une mitre, et surtout une longue barbe blanche. Il faut ensuite un âne plutôt docile pour y transporter le céleste prélat. Il faut aussi quelques pères fouettards pour faire semblant d’épouvanter les enfants pas sages. Il faut enfin une bonne réserve de biscômes pour récompenser les sages, de loin les plus nombreux à Fribourg.
A chacun, parmi nous, de jouer le rôle qu’il préfère.

Qu’est-ce qu’il a fallu pour faire un vrai saint Nicolas, en son temps, à Myre, autour de l’an 300 ?
* D’abord être un saint, autrement dit un chrétien, re-né des sources du baptême. Quelqu’un qui a entendu le Christ frapper à la porte de son cœur, comme l’a rappelé le texte de l’Apocalypse. Quelqu’un qui a ouvert  la porte et a invité ce Christ à entrer chez lui pour l’accueillir comme une bonne nouvelle en personne. Et Jésus a pris la cène avec lui, dans l’intimité de la plus profonde des communions. Quel bonheur !
Un saint ordinaire en somme, le chrétien Nicolas. Un peu comme nous, mais en mieux.

* Et puis il était évêque. Pas comme on le représente souvent chez nous en Occident, à la manière de nos épiscopes un peu baroques. Mais certainement assez proche de ce beau patriarche œcuménique que les chanoines de notre chapitre ont rencontré il y a trois semaines à Constantinople. Je l’imagine à la fois simple dans la rencontre et hiératique de prestance, un père, un pasteur. Pour tout dire : un évêque. Oui, l’humble serviteur appelé par son peuple, choisi par ses confrères, consacré par l’Esprit, avec l’imposition des mains de ses frères de ministère et sous la houle de la prière de toute l’Eglise. Nicolas, évêque de Myre.

* Quel évêque ? Tant de légendes tressent trop de couronnes pour que toutes soient vraies. Mais peu importe. Ces rumeurs vont toutes dans le même sens, et c’est bien suffisant pour accorder un solide crédit au portrait global du saint évêque Nicolas.
Il s’est investi à fond pour les plus petits et les plus pauvres, les plus malheureux et les plus menacés. Des enfants sacrifiés, mais aussi des jeunes filles en perdition. Des marins à la dérive et des frères et sœurs affamés. Il fut le chrétien de l’évangile de tout à l’heure, en Marc 10 (« Laissez venir à moi les enfants »), mais aussi celui de Matthieu 25 (« Tout ce que vous faites à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites »).
Il fut l’évêque de toutes les nobles causes, pour la justice et pour la paix, car la bonne nouvelle qui mène au Royaume de Dieu ne saurait éteindre –mais plutôt raviver- les incendies d’amour que Jésus est venu allumer sur la terre pour la rendre plus fraternelle.

* Les spécialistes nous le disent : il y a au moins un évènement certain dans la vie foisonnante de Nicolas de Myre : il a participé au concile de Nicée en 325. Le Chapitre cathédral était à quelques kilomètres de ce lieu historique il y a moins d’un mois.
Tiens ! Déjà un concile œcuménique, le premier. Et pour quoi faire ?

Pour préciser et approfondir la foi trinitaire et pascale, pour soutenir une courageuse fidélité à l’évangile, pour consolider la communion des Eglises dans la koinonia de l’Eglise « catholique et apostolique », selon les propres termes du concile.

Et si nous étions tous un peu des saints Nicolas ? On peut se permettre cette bienheureuse audace à Fribourg puisque certains estiment que les Fribourgeois, qu’ils soient du dedans ou du dehors, sont d’une certaine manière les « chers enfants » de leur saint patron. Il y a donc un ADN de saint Nicolas dans les gènes de notre christianisme.
Sans faire la leçon à personne, m’est-il permis d’en dessiner quelques traits, d’en dresser un modeste portrait, à mes risques et périls ?

* Comme Nicolas, être des chrétiens des profondeurs baptismales, à égalité de grâce, de vocation et de mission, bien avant les différences confessionnelles ou institutionnelles, dans la vérité de la foi, dans l’élan de l’espérance, dans une chaleureuse charité.

* Comme Nicolas, être en service d’Eglise –même sans être évêque- par tous les engagements correspondant aux innombrables charismes, ministères et activités qui fleurissent dans la vie des chrétiens -hommes et femmes-, eux qui animent nos communautés en s’y investissant si généreusement, si évangéliquement.

* Comme Nicolas, sans mépriser personne, mais faire le choix des pauvres, des souffrants et des exclus afin que les chrétiens –et par conséquent aussi nos Eglises- donnent le témoignage de leur liberté et de leur courage d’aimer, y compris à la face des grands et des puissants de ce monde.

* Comme Nicolas, travailler avec passion, patience et impatience pour la communion des Eglises, que ce soit dans l’œcuménisme spirituel, théologique, liturgique ou tout simplement fraternel.

En chacun de nous, il y a un petit Nicolas qui sommeille peut-être. Le temps de l’Avent peut le réveiller et bientôt Noël le conduira à la crèche. L’évangile va le guider sur les chemins de sa Galilée et finalement il nous rassemblera tous au pied de la croix. Et nous serons entraînés vers la vraie vie au matin de Pâques et l’Esprit de Pentecôte va nous dynamiser pour nous envoyer comme témoins du Christ dans notre vaste monde.

Voyez comme elle est belle, l’Eglise, quand on est tous ensemble, dans le cœur du Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, et dans la communion des saints.

Claude Ducarroz


mercredi 6 décembre 2017

Homélie de la Saint Nicolas

Fête de Saint Nicolas
2017

Qu’est-ce qu’il faut pour faire un beau St Nicolas à Fribourg ? Vous l’avez vu une fois de plus samedi soir dernier. Il  faut d’abord un faux évêque avec une crosse et une mitre, et surtout une longue barbe blanche. Il faut ensuite un âne plutôt docile pour y transporter le céleste prélat. Il faut aussi quelques pères fouettards pour faire semblant d’épouvanter les enfants pas sages. Il faut enfin une bonne réserve de biscômes pour récompenser les sages, de loin les plus nombreux à Fribourg.
A chacun, parmi nous, de jouer le rôle qu’il préfère.

Qu’est-ce qu’il a fallu pour faire un vrai saint Nicolas, en son temps, à Myre, autour de l’an 300 ?
* D’abord être un saint, autrement dit un chrétien, re-né des sources du baptême. Quelqu’un qui a entendu le Christ frapper à la porte de son cœur, comme l’a rappelé le texte de l’Apocalypse. Quelqu’un qui a ouvert  la porte et a invité ce Christ à entrer chez lui pour l’accueillir comme une bonne nouvelle en personne. Et Jésus a pris la cène avec lui, dans l’intimité de la plus profonde des communions. Quel bonheur !
Un saint ordinaire en somme, le chrétien Nicolas. Un peu comme nous, mais en mieux.

* Et puis il était évêque. Pas comme on le représente souvent chez nous en Occident, à la manière de nos épiscopes un peu baroques. Mais certainement assez proche de ce beau patriarche œcuménique que les chanoines de notre chapitre ont rencontré il y a trois semaines à Constantinople. Je l’imagine à la fois simple dans la rencontre et hiératique de prestance, un père, un pasteur. Pour tout dire : un évêque. Oui, l’humble serviteur appelé par son peuple, choisi par ses confrères, consacré par l’Esprit, avec l’imposition des mains de ses frères de ministère et sous la houle de la prière de toute l’Eglise. Nicolas, évêque de Myre.

* Quel évêque ? Tant de légendes tressent trop de couronnes pour que toutes soient vraies. Mais peu importe. Ces rumeurs vont toutes dans le même sens, et c’est bien suffisant pour accorder un solide crédit au portrait global du saint évêque Nicolas.
Il s’est investi à fond pour les plus petits et les plus pauvres, les plus malheureux et les plus menacés. Des enfants sacrifiés, mais aussi des jeunes filles en perdition. Des marins à la dérive et des frères et sœurs affamés. Il fut le chrétien de l’évangile de tout à l’heure, en Marc 10 (« Laissez venir à moi les enfants »), mais aussi celui de Matthieu 25 (« Tout ce que vous faites à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites »).
Il fut l’évêque de toutes les nobles causes, pour la justice et pour la paix, car la bonne nouvelle qui mène au Royaume de Dieu ne saurait éteindre –mais plutôt raviver- les incendies d’amour que Jésus est venu allumer sur la terre pour la rendre plus fraternelle.

* Les spécialistes nous le disent : il y a au moins un évènement certain dans la vie foisonnante de Nicolas de Myre : il a participé au concile de Nicée en 325. Le Chapitre cathédral était à quelques kilomètres de ce lieu historique il y a moins d’un mois.
Tiens ! Déjà un concile œcuménique, le premier. Et pour quoi faire ?

Pour préciser et approfondir la foi trinitaire et pascale, pour soutenir une courageuse fidélité à l’évangile, pour consolider la communion des Eglises dans la koinonia de l’Eglise « catholique et apostolique », selon les propres termes du concile.

Et si nous étions tous un peu des saints Nicolas ? On peut se permettre cette bienheureuse audace à Fribourg puisque certains estiment que les Fribourgeois, qu’ils soient du dedans ou du dehors, sont d’une certaine manière les « chers enfants » de leur saint patron. Il y a donc un ADN de saint Nicolas dans les gènes de notre christianisme.
Sans faire la leçon à personne, m’est-il permis d’en dessiner quelques traits, d’en dresser un modeste portrait, à mes risques et périls ?

* Comme Nicolas, être des chrétiens des profondeurs baptismales, à égalité de grâce, de vocation et de mission, bien avant les différences confessionnelles ou institutionnelles, dans la vérité de la foi, dans l’élan de l’espérance, dans une chaleureuse charité.

* Comme Nicolas, être en service d’Eglise –même sans être évêque- par tous les engagements correspondant aux innombrables charismes, ministères et activités qui fleurissent dans la vie des chrétiens -hommes et femmes-, eux qui animent nos communautés en s’y investissant si généreusement, si évangéliquement.

* Comme Nicolas, sans mépriser personne, mais faire le choix des pauvres, des souffrants et des exclus afin que les chrétiens –et par conséquent aussi nos Eglises- donnent le témoignage de leur liberté et de leur courage d’aimer, y compris à la face des grands et des puissants de ce monde.

* Comme Nicolas, travailler avec persévérance -et même avec une certaine passion- pour la communion des Eglises, que ce soit dans l’œcuménisme spirituel, théologique, liturgique ou tout simplement fraternel.

En chacun de nous, il y a un petit Nicolas qui sommeille peut-être. Le temps de l’Avent peut le réveiller et bientôt Noël le conduira à la crèche. L’évangile va le guider sur les chemins de sa Galilée et finalement il nous rassemblera tous au pied de la croix. Et nous serons entraînés vers la vraie vie au matin de Pâques et l’Esprit de Pentecôte va nous dynamiser pour nous envoyer comme témoins du Christ dans notre vaste monde.

Voyez comme elle est belle, l’Eglise, quand on est tous ensemble, dans le cœur du Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, et dans la communion des saints.

Claude Ducarroz


dimanche 3 décembre 2017

Immaculée Conception

Immaculée Conception 2017

L’Immaculée Conception.
Que représente pour vous cette expression ? Comment comprenez-vous ce mystère ? Que diriez-vous à quelqu’un qui vous demanderait ce que ça signifie ?
Ne soyez pas étonné par votre probable perplexité. Durant des siècles, même les plus grands théologiens, se sont affrontés autour de cette notion. Saint Thomas d’Aquin – le docteur angélique- et saint Bernard –un grand dévot de Marie- ne parvenaient pas à adhérer à cette idée, même si tous deux étaient convaincus que Marie était toute sainte. Il a fallu une lente maturation théologique et finalement la déclaration solennelle d’un pape – Pie IX en 1854- pour que cette vérité s’impose comme un dogme dans l’Eglise catholique. Mais je ne suis pas certain que tout soit actuellement clair dans l’esprit des croyants autour de cette expression.

D’abord il ne faut pas la confondre avec la conception virginale de Jésus, cette vérité rappelée plusieurs fois dans les Evangiles, selon laquelle Jésus n’est pas né dans la logique d’une relation charnelle humaine, mais bel et bien « conçu du Saint-Esprit » dans le sein virginal de sa mère Marie, et cela pour bien montrer que la venue de Jésus de Nazareth n’est pas une œuvre humaine, mais un pur cadeau de Dieu par l’envoi de son Fils éternel dans notre humanité pour la sauver gratuitement.

C’est en préparation avancée de cette venue que se situe l’immaculée conception de Marie, selon la foi catholique. Par une grâce anticipant sur celles obtenues par la mort et la résurrection de Jésus, sa mère Marie a été préservée de la tache du péché originel, lequel marque négativement dès leur conception tous les descendants d’Adam. Marie bénéficie donc d’une grâce exceptionnelle, liée à sa vocation à venir, celle de mère du sauveur Jésus, le fils de Dieu et son enfant.

Tout cela, me direz-vous, nous semble bien compliqué, et je peux vous comprendre. Rien ne nous empêche de dire les choses plus simplement, en laissant aux spécialistes le soin de s’expliquer plus subtilement.
Finalement, tout est résumé dans deux petites phrases. L’une est dans l’évangile : Marie est pleine de grâce, c’est-à-dire comblée de grâce. Et l’autre nous vient des Eglises d’Orient : Marie est la panaghia, la toute sainte. Si vous êtes d’accord là-dessus, vous avez compris l’essentiel. Ainsi soit-il.

Mais qu’est-ce que ça change pour nous aujourd’hui, me direz-vous ? Voilà une bonne question.
Jésus est le seul « homme nouveau » tel que Dieu le rêve depuis toujours dans la pleine réalisation de sa vocation au Royaume de Dieu à partir de son passage ici-bas. Quant à Marie, à cause de sa proximité extraordinaire et exceptionnelle avec Jésus, par rayonnement venu entièrement de lui, elle réalise aussi une parfaite vocation humaine, ce qu’on appelle la sainteté. Elle l’a reçue dès le départ, elle l’a vécue dans la foi, elle l’a maintenue dans les épreuves, elle l’a partagée avec les autres. Et tout cela dans les modalités propres de sa personnalité, y compris dans sa féminité et sa maternité.

En  ce sens, il ne faudrait pas que sa sainteté unique l’éloigne de nous. Bien au contraire, elle nous est d’autant plus proche que rien en elle –et surtout pas le péché qui si souvent trouble nos relations humaines- rien ne fait obstacle à sa solidarité d’amour avec nous. C’est ce qu’on constate dans la vie de l’Eglise. Plus les gens se ressentent petits et pauvres, d’une manière ou d’une autre, plus ils se sentent attirés par le doux visage maternel de Marie, au point parfois d’exagérer dans leur piété sincère, mais pas toujours bien éclairée.

Le concile Vatican II nous encourage à éprouver une profonde  communion avec Marie, mais en même temps il nous met en garde contre des dérapages possibles. Il nous dit : L’application à la Sainte Ecriture doit nous faire mettre dans une juste lumière le rôle et les privilèges de Marie, lesquels sont toujours orientés vers le Christ, source de la vérité, de la sainteté et de la piété.
Que les fidèles se gardent avec le plus grand soin de toute parole et de tout geste susceptibles d’induire en erreur, soit nos frères séparés, soit toute autre personne, sur la véritable doctrine de l’Eglise.
 Que les fidèles se souviennent qu’une véritable dévotion ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité.
La vraie dévotion procède de la vraie foi, qui nous conduit  à reconnaître la dignité éminente de la Mère de Dieu, et nous pousse à aimer cette Mère d’un amour filial et surtout à poursuivre l’imitation de ses vertus.

Oui, qu’il en soit ainsi. Amen.

Claude Ducarroz


Premier dimanche de l'Avent

Homélie
1er dimanche de l’Avent

Dis-moi ce que tu attends, et je te dirai qui tu es.
Peut-être faut-il aller plus en profondeur : Dis-moi  qui tu attends, et je te dirai qui tu es.

L’être humain est une créature extraordinaire. Il peut revenir sur son passé par la mémoire. Il peut s’investir dans le présent par l’engagement de tout son être. Il peut aussi se projeter dans l’avenir –dans l’à-venir- en imaginant son futur pour mieux le préparer.
Nous sommes des êtres de souvenir, d’actualité et d’espérance.
Franchement, qu’espérons-nous, qui monte à l’horizon de notre vie ?
Bien sûr, suivant les circonstances de notre existence, nous avons droit à des espérances d’intensité fort diverse.

* Il y a ces petits espoirs, souvent à court terme, qui facilitent notre bonheur. Que sais-je ? gagner à la loterie – mais n’oubliez pas d’acheter d’abord un billet ! Ou peut-être s’offrir un nouvel habit, partir aux sports d’hiver, changer de voiture etc… Chacun peut faire sa liste personnelle. Ici la question est la suivante : quelle place occupe, dans mon temps, mon esprit, mon cœur, la quête de tels biens, qui peut devenir obsessionnelle au point d’envahir tout mon espace d’attention et de recherche ? Et me voilà emprisonné en moi-même dans les filets du consumérisme et du matérialisme.

* Il y a aussi heureusement des espérances plus nobles. Recouvrer la santé, guérir une relation d’amour, revoir ses enfants ou ses parents, retrouver un travail, réussir un examen de passage etc… Nous n’avons pas à avoir honte de chercher à être heureux sur cette terre, à condition de nous engager aussi pour rendre les autres plus heureux, surtout celles et ceux qui le sont moins que nous.

Mais toutes ces espérances ne font pas encore un être humain complet, fier de toutes les dimensions de sa riche personnalité, respectueux de toutes ses vocations.
Il y a en nous comme une cicatrice à observer et aussi une blessure à soigner.
* La cicatrice ? L’ombilic qui, au fond de notre conscience, témoigne que nous sommes justement des êtres rêvés par le Créateur, des œuvres de sa bonté pleine d’imagination, des images à sa ressemblance, des icônes vives de sa beauté.
* Et puis il y a, du côté de l’espérance, avec la redoutable question de la mort, cette aspiration à une vie éternelle, à des relations affectives pleinement épanouies, à un bonheur sans nuage, que nous ne pouvons faire autrement que souhaiter, pour nous et pour ceux que nous aimons, alors même que personne parmi nous ne peut nous les donner vraiment.

Si nous venons du cœur de Dieu, comme une étincelle jaillie de son amour, sommes-nous condamnés à vivre dans la nuit et à mourir désespérés ?
Ce temps de l’Avent vient opportunément éclairer notre route humaine, quels que soient les virages, voire les dérapages, qu’elle comporte.
Dans l’espérance d’Israël, dans la venue de Jésus de Nazareth -le Christ et le Seigneur-, nos trois dimensions d’existence sont transformées et même transfigurées.

* La mémoire de nos racines en Dieu est revigorée. Nous sommes les enfants bien-aimés d’un amour de toujours, à l’image du Fils éternel venu en notre chair.
* Nous sommes accompagnés par son Esprit qui nous inspire, nous console et nous encourage, surtout si nous prenons le temps de le rejoindre dans le silence et la prière. « Prenez garde, restez éveillés », dit l’évangile de ce jour.
* L’évangile –une si bonne nouvelle- porté et diffusé par l’Eglise, est lampe pour nos pas, lumière sur notre chemin.
* Et déjà, à cause de la mort et de la résurrection  de Jésus  -que notre vie ici-bas s’arrête  à minuit,  au chant du coq, le matin ou le soir-, nous savons que le Maître nous attend dans sa maison. Ou plutôt un Père nous accueillera, les bras grand ouverts, dans la communion parfaite de sa miséricorde qui seule peut nous rendre parfaitement heureux.

C’est le rappel et la leçon bienvenue du temps de l’Avent. Voilà ce que nous attendons le plus. Voilà celui que nous espérons vraiment.
* Il ne vient pas effacer nos petits espoirs humains, qui tiennent à notre condition charnelle en ce monde, mais il les situe à leur juste valeur, toujours à discerner et à vérifier, afin qu’ils n’occupent pas toute la place, ce qui serait un grand malheur.
* Il ne vient pas soupçonner nos espérances positives qui correspondent à nos besoins fondamentaux de trouver du bonheur honnête dans la joie d’aimer et d’être aimé. A condition que ces délices soient partagés au-delà de nos intérêts personnels à court terme.
* Mais surtout, en regardant de haut ou de loin les illuminations de pacotille et surtout en résistant aux consommations qui ont tendance à nous transformer en oies gavées par le commerce, que nous nous préparions à retrouver, auprès du divin enfant  de la crèche, la source de notre vie, le désir d’adorer sincèrement et de servir humblement, et l’espérance d’un destin qui dépasse notre mort pour s’épanouir en Dieu lui-même.

Car tel est notre véritable à-venir.

Claude Ducarroz


samedi 25 novembre 2017

Fête du Christ Roi

Homélie
Christ Roi

Nous, les Suisses, nous avons aussi nos allergies. Ainsi, tout au long de notre histoire, nous n’avons jamais vécu sous une monarchie, nous n’avons jamais eu ni voulu un roi. C’est contraire à notre culture, ce n’est pas dans notre ADN patriotique.
 Même Alain Berset et Dominique de Buman, deux chers fribourgeois qui vont devenir nos présidents au niveau Suisse, ne prétendent aucunement à une quelconque royauté !

Il demeure que notre Eglise nous propose aujourd’hui la figure du Christ comme roi. Le savez-vous ? Cette fête liturgique n’a été instituée par le pape Pie XI qu’en 1925 seulement, au temps où montaient à l’horizon de l’Europe les totalitarismes incarnés par Adolf, Benito et Joseph et leurs acolytes, pour le plus grand malheur de nos peuples.

En ramenant la chrétienté –et si possible aussi toute l’humanité- sous l’autorité d’amour du Christ, le pape a voulu donner un signal fort. Il fallait contrecarrer les prétentions hégémoniques des dictateurs -en place ou en herbe- et mobiliser les chrétiens pour établir entre les peuples et les nations des relations inspirées par les idéaux de paix dans la justice et la fraternité.
Ce qui, hélas ! n’a pas empêché la deuxième guerre mondiale, avec son tragique cortège de millions de morts et d’incalculables destructions, même si la Suisse fut miraculeusement épargnée par ces erreurs et ces horreurs.



Alors cette fête du Christ Roi n’est-elle qu’une trace résiduelle d’un temps désormais révolu puisque, du moins chez nous, règne la démocratie participative, la meilleure garantie contre les velléités de tyrannie qui pourrait encore tenter quelques esprits égarés ?
La réponse est dans l’évangile de ce jour. Et même, sous forme d’images, sur le tympan du portail principal de notre cathédrale. Je vous invite à le regarder en sortant.
Le Christ est bel et bien représenté comme roi. Il est assis sur un trône surmonté d’un baldaquin. Il domine le ciel  -l’arc-en-ciel- et la terre –les nuages.  Sa tête rayonne des éclats de sa gloire. Mais il ne faut pas se tromper. De quelle royauté s’agit-il ? Il a gardé la couronne d’épines et il montre ses plaies. Tout est dit : c’est une royauté par amour et non par violence, un pouvoir de miséricorde, même si celle-ci respecte évidemment notre redoutable liberté de choisir autrement.

Les chrétiens sont donc les disciples de ce roi-là. Plus encore : ils sont appelés par lui « ses amis ». Dans ce monde, il nous faut donc offrir à ce roi -original et même déconcertant- des espaces personnels et collectifs dans lesquels il puisse exercer, à sa manière évidemment, sa royauté d’amour et de paix.

Oui, qu’il règne d’abord dans nos cœurs par notre communion à sa présence intérieure, qui suscite notre confiance et notre joie.
Qu’il règne aussi dans nos relations, depuis l’humble voisinage jusqu’à la politique, l’économie, l’écologie, la culture, chaque fois que nous donnons priorité aux valeurs de solidarité, de justice et de paix. Dans le respect des libertés certes, mais jamais en se couchant devant les soi-disant impératifs d’une société individualiste et égoïste.

Faut-il aller davantage dans les détails ? Ce n’est pas moi qui le dis. C’est le Christ lui-même dans cet évangile.
Ceux que Christ Roi se fera une joie d’accueillir dans son royaume pour en partager d’héritage, qui sont-ils ? Même s’ils ne l’ont pas reconnu par la foi.
Celles et ceux qui auront donné à manger à ceux qui ont faim, donné à boire à ceux qui ont soif. Celles et ceux qui auront accueilli l’étranger, habillé ceux qui sont nus. Celles et ceux qui auront visité les malades et les prisonniers.
Tels sont les serviteurs princiers de notre roi.
Et pour s’exclure du royaume du Christ, c’est évidemment le contraire. Je n’insiste pas.

La règle de vie est simple, elle est aussi une feuille de route très concrète, au ras des pâquerettes, au jour le jour : « Chaque fois que vous le faites – ou pas- à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous le faites - ou pas ».
Il faut choisir. Il y a le paradis des bénis du Père par Jésus à notre arrivée. Ou d’autres faux paradis –éventuellement les « paradis papers » - qui ne peuvent que deshumaniser notre société et faire exploser notre univers.
Donc rendez-vous dans le Royaume de Dieu. C’est merveilleux : nous connaissons aussi le chemin qui mène au bonheur qu’il nous promet. « Je suis le chemin, la vérité, la vie », dit le Seigneur Jésus, notre seul Roi.  

                                                  Claude Ducarroz



samedi 11 novembre 2017

Légal ? Moral ?

Tout est légal. Circulez ! Il n’y a rien à voir. Et surtout rien à juger, rien à changer.
L’affaire des « paradise papers » vient de révéler une face très sombre de la politique et de l’économie mondialisées. Sous prétexte que « tout est légal », des riches échappent impunément au fisc alors qu’ils doivent –comme tout un chacun- payer leurs impôts, d’autant plus qu’ils peuvent s’en acquitter sans courir le risque de tomber dans la dèche. Sans vergogne, des avocats brandissent le cache-sexe de la légalité pour défendre ces privilèges inacceptables et maintenir ces graves injustices.
Car l’impôt, dans un système démocratique, ne sert pas seulement à fournir à l’Etat de quoi accomplir ses tâches. Il établit une certaine solidarité sociale sans laquelle la convivance devient impossible. Si tous contribuent à la caisse commune, chacun doit le faire selon ses moyens. Ce n’est que justice : les plus fortunés paient davantage.
Que penser alors d’un Etat qui autorise l’évasion fiscale et même couvre pudiquement des pratiques qui sont de véritables spoliations ? Que font nos politiques pour remédier à ce scandale ? Leur passivité n’est-elle pas une complicité ? Et pendant ce temps-là, la proportion des pauvres augmente parmi nous, y compris en Suisse. Que dire alors des populations vivotant dans les pays de la misère alors que leurs dirigeants, avec la collaboration « légale » de nos élites économiques, s’en mettent plein les poches ?
Je suis indigné.
Il est temps de remettre un peu de moralité dans nos légalités. Car il ne suffit pas qu’une loi existe, même par la grâce de la démocratie, pour qu’elle légitime des comportements contraires à la justice et à la solidarité. Toute conscience simplement humaine peut et doit le comprendre. A fortiori quand une telle conscience est éclairée par les lumières de l’évangile. Toute la Bible redit la colère de notre Dieu contre ceux qui oppriment les pauvres, commettent l’injustice, faussent les balances, s’enrichissent sur le dos des plus faibles. Et Jésus. N’a-t-il pas mis en garde contre l’idolâtrie de l’argent, le culte rendu à Mamon ?
J’ose espérer que nos femmes et hommes politiques, à commencer par celles et ceux qui se réfèrent plus ou moins ouvertement au christianisme, s’engageront courageusement pour changer les règles de ce mauvais jeu, y compris chez nous.
Il y va de leur crédibilité, de leur honneur, de leur foi.

Claude Ducarroz


A paru sur le site  cath.ch

vendredi 3 novembre 2017

Scribes... Pharisiens. Et nous?

Commentaire pour le 5 novembre 2017
Matthieu 23,1-12
Scribes, pharisiens… Et nous ?

Une fois de plus, l’évangile de ce dimanche présente un texte à triple détente.
D’une part, il rapporte des échos plutôt gratinés de la polémique entre Jésus et les scribes et pharisiens, ces notables d’Israël qui enseignent dans la chaire de Moïse, mais sont pleins d’hypocrisie puisqu’ils disent et ne font pas.
Par ailleurs, on devine les relations tendues entre les juifs et les premières communautés chrétiennes qui, peu à peu, occupaient le terrain dans les milieux religieux de ce temps-là. L’évangéliste ne manque pas de rappeler quelques faits et paroles de Jésus pour encourager ces chrétiens en butte à certaines contestations et même hostilités.
Mais n’oublions surtout pas que de tels messages nous concernent nous aussi, aujourd’hui, puisque l’Eglise les propose à notre méditation pour que nous en fassions bon usage dans notre vie chrétienne, qu’elle soit personnelle ou communautaire.

Car, dans la société et même dans l’Eglise, il ne manque pas de personnages qui aiment occuper les places d’honneur en se faisant appeler « Maître », « Père » ou « Docteur », des titres que Jésus remet en question. On peut évidemment considérer ces « dignités » comme des usages plus ou moins innocents portés  par de simples coutumes sociales ou ecclésiales. Mais les mots ont un sens. On sait qu’ils peuvent nous faire déraper en instillant dans la tête et le cœur de ceux qui les exigent ou les confèrent certains poisons loin d’être inoffensifs.
Jésus lui-même en est conscient. Le soi- disant maître peut abuser de son pouvoir, le père peut se prendre pour un petit dieu et le docteur écraser les autres par la superbe de sa science. Une fois de plus, nous dit l’évangile, « il ne doit pas en être ainsi parmi vous ». Les habitudes mondaines ne doivent pas contaminer les âmes et les relations chez les disciples du Christ. Car notre seul maître, c’est Dieu, notre Père. Et le docteur/enseignant, c’est le Christ. En toutes choses, la priorité est à notre maître intérieur, l’Esprit du Père et du Fils.

S’il en est ainsi, les conséquences se font immédiatement sentir. « Vous êtes tous frères ». L’Eglise est donc une vaste fraternité. Celles et ceux qui exercent les charismes de l’autorité, de l’accompagnement et de la connaissance sont d’abord au service de leurs frères et sœurs, selon ce que nous dit Jésus : « Le plus grand parmi vous  sera votre serviteur. » Dont acte.
Tout cela semble de la « petite morale » qui pourrait provoquer un haussement d’épaules. Il n’en est rien. Que de fois, dans l’histoire de l’Eglise et des Eglises, des scissions et même des divisions durables sont issues d’attitudes contraires au devoir d’humilité et à l’esprit de service qui doivent caractériser celles et ceux qui sont devenus les leaders de nos communautés. Certes, les ministères d’autorité, d’influence et de science sont utiles et même nécessaires, non seulement pour le bon ordre qui doit régner dans les communautés, mais aussi pour le plein rayonnement de l’évangile. Mais il reste la vérité de cette petite phrase de Jésus : « Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé ».
Une question d’esprit.
Un état d’Esprit.
                                                                       Claude Ducarroz
A paru sur le site  www.cath.ch